C’est possible si vous refusez
les solutions toutes faites.
Source : http://www.selection.ca/mag/2005/04/mieux.html
PAR CAMILLA CORNELL
Les gens assimilent souvent le budget à
une pénitence: pas de manteau neuf avant
longtemps, plus de muffin à la pause-café.
Ils se trompent. On ne fait pas un budget pour
amasser de quoi organiser des funérailles
grandioses, dit le planificateur financier Bruce
Cohen, mais pour s’offrir des biens et
des services dont on a besoin ou envie.
D’ailleurs, rien ne vous oblige à
payer le plein prix pour les obtenir. Les astuces
qui suivent m’ont été suggérées
par des planificateurs financiers et par des
gens comme vous et moi… sauf qu’ils
savent tirer le maximum de chaque dollar.
Achetez une maison pour de bon.
«Beaucoup de gens achètent
petit en se disant qu’ils déménageront
dès qu’ils auront plus d’argent
ou un enfant», note Andy MacDonald, président
de MortgageBroker Inc. Ils oublient que chaque
transaction immobilière a un coût.
Les prix des maisons ont beaucoup augmenté.
Si, comme le pense Andy MacDonald, «le
sommet est atteint», ils monteront moins
vite à l’avenir. Vendre un logement
pour en acheter un autre coûte au bas
mot 30000$ en droits de mutation, honoraires
juridiques, commissions immobilières
et autres frais. La plus-value que vous réaliserez
couvrira-t-elle cette dépense? Pas sûr.
Si vous visez un secteur où la demande
est forte, voyez grand, conseille Andy MacDonald,
quitte à aménager et à
louer un appartement au sous-sol. Si vous achetez
une petite maison, assurez-vous que vous pourrez
l’agrandir facilement. Bref, débrouillez-vous
pour ne pas devoir déménager de
sitôt.
Ne vous cassez pas la tête à comparer
les taux hypothécaires. Suivez le conseil
de Bruce Cohen: passez par un courtier. La plupart
ne demandent pas d’honoraires et démarchent
non seulement les grandes, mais aussi les petites
banques, ainsi que les sociétés
de fiducie et de prêt hypothécaire
qui ne traitent pas avec le public. Un demi-point
de pourcentage n’est pas une réduction
insignifiante sur un emprunt de 200000$ aux
taux actuels: c’est une économie
de plus de 700$ par an, calcule Lenore Davis,
planificatrice financière agréée.
Rénovez sans vous ruiner.
Faire repeindre une maison coûte
entre 1000$ et 3000$ nets d’impôts.
Si votre taux d’imposition moyen est de
40%, le prix réel de ce travail assez
simple se situe entre 1400$ et 4200$. Faites-le
vous-même, et la dépense se résume
au prix de la peinture. Vous n’avez jamais
tenu un pinceau? Inscrivez-vous à un
cours gratuit qu’offrent beaucoup de magasins
de peinture et de centres de rénovation.
Le système de chauffage a fait son temps?
Profitez du programme fédéral
EnerGuide pour les maisons. Pour environ 200$,
un évaluateur agréé inspectera
le chauffage, la ventilation, les fenêtres
et l’isolation, puis vous fera des recommandations.
Quand vous aurez fini les rénovations,
vous lui demanderez de revenir pour vérifier
le résultat. Si les travaux ont réellement
amélioré l’efficacité
énergétique du bâtiment,
vous serez admissible à des primes gouvernementales
allant de 100$à plus de 3000$.
Pour obtenir la liste des évaluateurs
agréés dans votre région,
composez le 1 800 387-2000.
Autre bon truc: le «troc». Vous
avez un camion bien pratique pour déménager
les gros meubles? Votre copain est un as de
la plomberie? Rendez-vous mutuellement service,
recommande Bruce Cohen. «Voilà
deux problèmes réglés pour
le prix de quelques bières et pièces
de rechange. Qui dit mieux?»
Décorez avec discernement.
Les rebuts des uns font les trésors
des autres: Shannon et Guy Crittenden écument
les ventes de garage, à la recherche
de meubles de bonne qualité qu’ils
pourraient retaper. «Nous avons déjà
payé 20$ pour une armoire déglinguée,
se souvient Shannon. Guy lui a donné
un fini ancien et a changé les ferrures.
Maintenant, tout le monde veut savoir où
nous avons acheté ce bijou.» Neuf,
le même meuble leur aurait sans doute
coûté plusieurs centaines de dollars.
Fréquentez les centres de liquidation:
souvent, une éraflure ou une déchirure
qui peut disparaître en un tournemain
réduit de moitié la valeur du
meuble. Pamela Mandich a payé 500$ un
canapé neuf qui se vendait 800$ en magasin.
«Je n’ai jamais trouvé le
défaut», se réjouit-elle.
Pamela fouine volontiers dans les rayons des
marchandises abîmées des grands
magasins. «Chez IKEA, je suis tombée
sur un placard auquel il manquait les poignées.
Le prix, 300$, avait été réduit
de 180$. La réparation m’a coûté
30$ – le prix des poignées à
la quincaillerie – et un peu d’huile
de coude.»
Décorez les murs de la maison pour une
bouchée de pain grâce à
ces conseils gratuits de la décoratrice
Carla Johnston:
On trouve de superbes reproductions dans les
marchés aux puces et les magasins d’occasions.
Encadrez-les vous-même avec l’aide
d’un manuel ou prenez quelques leçons
dans une boutique d’artisanat.
- Un montage de photos de famille ou de voyage
donne une touche personnelle à n’importe
quelle pièce.
- Les dessins d’enfant ont un effet sensationnel
quand ils sont encadrés et accrochés
comme de vrais tableaux.
- Recyclez les objets de famille, les souvenirs
de voyage, même un vieux trousseau de
clés, en les mettant sous verre.
- N’ayez pas peur de prendre un pinceau
et d’imiter un peintre abstrait qui vous
inspire. Ou encore, demandez l’aide des
enfants. «Ils sont plus libres que nous
parce qu’ils n’ont pas vu autant
de tableaux», dit Carla Johnston.
Laissez-vous conduire. Prenez
le taxi! D’après un rapport de
l’Association canadienne des automobilistes
(CAA), le propriétaire d’une Dodge
Caravan 2004 qui fait 18000 km au cours de l’année
dépense près de 10000$ en comptant
les paiements sur la voiture, l’amortissement,
l’assurance, l’essence et l’entretien.
S’il se privait d’une voiture et
dépensait une centaine de dollars par
semaine en taxis, il y gagnerait 5000$ par an.
Et, s’il prenait l’autobus, ajoute
Lenore Davis, il économiserait l’équivalent
d’un petit salaire puisqu’il débourserait
à peine 1000$ par an. En prime, il pourrait
lire ou travailler pendant les trajets!
Roulez carrosse… d’occasion.
Une auto neuve se déprécie
fortement dès qu’elle sort de chez
le concessionnaire. Don Cuzzocrea, un acteur
torontois qui fait vivre femme et enfant sur
un tout petit budget, a acheté récemment
une Mercury Sable 1994 en bon état de
marche pour 2500$. «Je choisis autant
que possible des voitures haut de gamme dont
tous les systèmes fonctionnent –
celles qui coûtent 35000$ quand elles
sont neuves. Comme elles me durent trois ou
quatre ans, je limite ce poste de dépense
à environ 800$ par an.»
Que diriez-vous d’épargner 2500$
par an? D’après une étude
menée en 2002 par la société-conseil
Runzheimer International, en conservant sa voiture
huit ans au lieu de quatre, on économise
2482$ par an pendant les quatre dernières
années, malgré le surcoût
d’entretien.
Certaines voitures résistent mieux que
d’autres à la corrosion et à
l’usure. Mettez toutes les chances de
votre côté: avant d’acheter,
consultez la liste des modèles les mieux
cotés par les automobilistes sur le site
de la CAA (www.caa.ca).
Ne négligez pas l’entretien préventif,
rappelle George Iny, président de l’Association
pour la protection des automobilistes. Certaines
opérations peu coûteuses rapportent
gros: changer l’huile et les autres liquides,
vérifier la pression des pneus, laver
la voiture pour l’empêcher de rouiller.
Un traitement antirouille sérieux coûte
environ 120$, mais c’est la garantie d’une
voiture étincelante aujourd’hui
et d’un meilleur prix demain.
La franchise de votre assurance peut être
une autre source d’économies. Combien
épargneriez-vous en la relevant de 1000$
à 2000$? demande Bruce Cohen. Feriez-vous
une déclaration pour un montant moindre?
Si vous placez l’argent économisé,
vous aurez de quoi couvrir le surcoût
en cas d’accident.
Faites chic pour pas cher.
Achetez des classiques indémodables dont
quelqu’un s’est lassé. Dans
une friperie, Shannon Crittenden a mis le grappin
sur une combinaison de ski en duvet de marque
européenne, d’un bleu marine iridescent,
pour 10$. Sa technique pour trouver les meilleures
aubaines: choisir un magasin, s’y rendre
toutes les deux semaines pour inspecter la marchandise,
repérer les tissus de qualité
et les coupes classiques, faire un choix et
examiner attentivement chaque pièce pour
repérer les défauts. Bilan: une
garde-robe élégante à une
fraction du prix que Shannon aurait payé
si elle avait acheté des vêtements
moins classiques, mais neufs.
Organisez des soirées d’échange.
Du calme! On y troque des vêtements,
rien d’autre. Il y a quelques années,
Shannon Crittenden a participé à
une fête de ce genre:
«J’ai obtenu un beau chandail en
laine que quelqu’un trouvait trop piquant,
et j’ai cédé une jupe droite
de Ralph Lauren qui était devenue trop
étroite.»
N’y laissez pas la peau des fesses.
Choyez votre épiderme sans dépenser
une fortune. Les bons produits ne coûtent
pas forcément cher, dit Paula Begoun,
qui compte plus de 25 ans d’expérience
dans l’industrie de la beauté.
«Je connais des lotions nettoyantes de
65$ dont la composition est quasi identique
à celle de produits que Neutrogena et
Dove Essentials vendent moins de 10$»,
affirme l’experte de Seattle.
Mangez bien, dépensez moins.
Faites vos courses dans un magasin-entrepôt.
En s’y approvisionnant, Don Cuzzocrea
réduit d’une vingtaine de dollars
sa facture d’épicerie hebdomadaire.
Si vous devez payer les sacs d’emballage,
dit-il, vous faites probablement une bonne affaire.
«La qualité n’est pas moindre,
et c’est tellement moins cher.»
Au supermarché, il ne considère
que les rabais de la semaine. «Je prends
les produits en réclame et je file à
la caisse pour ne pas être tenté
d’ajouter quelque chose qui ne figure
pas sur ma liste.»
Avant de faire l’épicerie, conseille
la diététicienne Debbie Madore,
planifiez le menu de la semaine et achetez seulement
les ingrédients dont vous aurez besoin.
Vous prendrez des repas plus sains et plus nourrissants
que si vous vous gaviez de prêt-à-manger,
et vous économiserez en prime.
Utilisez les bons de réduction quand
ils s’appliquent aux produits que vous
achèteriez de toute façon; ne
cédez pas à la tentation d’acheter
les nouveautés en promotion.
Même si vous n’économisez
que 20$ par semaine à l’épicerie,
votre conjoint et vous pourrez vous offrir un
bon filet mignon le samedi soir.
Voyez vos amis autour d’une table:
la vôtre.
«Le plaisir est aussi grand,
et le prix, tout petit, affirme Don Cuzzocrea.
Avec 80$, on peut payer un repas pour deux au
resto, mais nourrir une armée à
la maison. Les invités apportent en général
une bouteille de vin, et il en reste presque
toujours.» De quoi rendre la pareille
quand vous êtes invité!
Voyagez léger. S’il
vous est possible de modifier vos dates et destinations,
vous voyagerez toujours à bon compte,
promet Jonathan Carroll, président d’itravel2000.
Les plus belles aubaines se présentent
dans les plus brefs délais, quand les
transporteurs offrent des rabais pour remplir
l’appareil, et tard, de 7 à 14
jours avant le départ, quand ils bradent
les invendus. Les jours les moins achalandés,
donc les plus propices, sont le mardi, le mercredi
et le jeudi.
Soyez un modèle de fidélité.
Si vous participez à plusieurs programmes
de fidélisation du genre Air Miles, vous
risquez d’éparpiller vos achats
et de ne pas accumuler assez de points pour
voyager gratuitement. N’oubliez pas qu’ils
peuvent servir à payer autre chose que
l’avion: chambre d’hôtel,
voiture de location, billets d’autobus
ou de spectacle… Vous trouverez peut-être
plus rentable de faire le voyage en voiture
et de les encaisser à l’hôtel,
par exemple.
Faites du prêt immobilier.
L’été dernier,
Luc Legendre, sa femme Geneviève et leurs
trois enfants ont passé trois semaines
à Kitsilano, un quartier chic de Vancouver
dominant l’océan, dans une maison
de quatre étages tout équipée.
Coût: le transport aérien plus
l’abonnement à HomeLink Canada,
une agence de Vancouver qui organise des trocs
de maisons. En échange, les Legendre
ont prêté leur résidence
de Québec.
Prolongez la garantie – gratis!
Les garanties prolongées que
vous proposent les magasins sur les appareils
qu’ils vous vendent sont rarement intéressantes,
dit Bruce Cohen. Mais, si vous payez intégralement
vos achats à crédit chaque mois
(ce que vous devriez toujours faire), vous avez
intérêt à prendre une carte
or ou platine avec assurance-achats. «Elle
double la durée de la garantie du fabricant,
explique-t-il. Il y a deux mois, j’ai
acheté un portable. La garantie du fabricant
était d’un an; le vendeur m’a
offert une prolongation d’un an. Comme
j’avais payé avec ma Visa platine,
j’avais déjà une garantie
équivalente qui ne me coûtait rien
de plus.»
Parfois, ce type de carte couvre aussi les frais
d’une assurance-voyage et d’une
assurance-collision lors de la location d’une
voiture.
Cotisez tôt…
et faites beaucoup d’argent sans
vous fatiguer. Plus vous commencez jeune, moins
vous aurez besoin d’épargner pour
vos vieux jours, dit Lenore Davis. Par exemple,
vous placez 100$ par mois dans un REER dès
l’âge de 26 ans et vous persévérez
jusqu’à 65 ans sans interruption;
si vos placements rapportent un modeste 7% par
an, ce capital de 48000$ vous procurera 262482$
d’épargne-retraite. Commencez à
36 ans et, même en mettant 200$ par mois
(72000$ en tout), vous n’accumulerez que
243994$ au même taux de rendement.
Ne subventionnez pas le gouvernement. Pourquoi
lui avancer plus d’argent que vous ne
lui en devez? Si vous cotisez à un REER
par prélèvements automatiques,
vous pouvez demander à Revenu Canada
de réduire l’impôt retenu
directement sur votre salaire. «Vous disposez
ainsi d’un petit supplément du
début à la fin de l’année»,
dit la planificatrice financière Lynn
Biscott.
Faites sauter la banque!
Plus exactement, les frais bancaires.
Prenez une demi-heure pour étudier vos
relevés de compte des 12 derniers mois,
suggère Lenore Davis. Avez-vous vraiment
besoin de ce forfait tout compris qui vous coûte
si cher? Par exemple, TD Canada Trust propose
un forfait qui permet, pour 6,95 $, 20 opérations
gratuites; vous déboursez 0,50$ pour
chaque transaction supplémentaire. Pour
9,95$, une autre formule donne droit à
25 opérations gratuites. Avantageux?
Non, souligne Lenore Davis, les cinq transactions
additionnelles vous coûtent en fait 0,60$
chacune.
Si vous avez des liquidités, il n’est
pas sûr que vous ayez intérêt
à souscrire un forfait quel qu’il
soit. La plupart des établissements suppriment
les frais sur les opérations courantes
dès lors que le solde du compte dépasse
un certain montant, de l’ordre de 2000$,
parfois moins.
«Supposons que vous ayez placé
2000$ dans des obligations d’épargne
du Canada qui rapportent 1,85%, soit 37$ par
an, poursuit Lenore Davis. Si vous les encaissez
et laissez l’argent dans votre compte,
vous pouvez liquider le forfait de 9,95$. Faites
le calcul!» Sur 12 mois, vous économisez
119,40$ moins les 37$ d’intérêt
sur les obligations encaissées, c’est-à-dire
82,40$.
«Le prix d’une paire de chaussures»,
conclut-elle.
Disons qu’on vous demande 80$ pour nettoyer
les gouttières. Une aubaine? Minute:
c’est 134$ de revenu brut – près
d’une demi-journée de travail –
que vous sacrifiez si votre taux marginal d’imposition
est de 40%.
Pensez en $$$ nets d’impôts
«J’ai payé seulement 50$…
100$.. 2000$.» La planificatrice financière
Lenore Davis connaît la chanson. «Les
gens ne voient pas que, pour dégager
50$ de revenu disponible, ils doivent gagner
83$.» La raison: l’impôt étant
progressif, la tranche de revenu dépassant
55000$ est lourdement fiscalisée (42,37%
au Québec).
La plupart des gens font déposer leur
salaire directement dans leur compte, observe
la spécialiste, si bien qu’ils
ne connaissent pas leur revenu net. Ils pensent
gagner 60000$ par an, mais ne touchent en fin
de compte que 42000$ et des poussières.
Et ils s’étonnent d’être
toujours à court! La prochaine fois que
vous envisagerez de payer quelqu’un pour
faire une réparation dans vos cordes,
calculez d’abord combien cela vous coûte
en dollars nets d’impôts. Il y a
de grandes chances que vous sortiez le coffre
à outils!
Dépenser moins, c’est vivre mieux.
Vous devrez parfois calculer et planifier un
peu plus avant d’acheter, mais ce temps-là,
c’est de l’argent… et la garantie
d’une meilleure qualité de vie.