| Source
: Journal La Presse Affaires, dimanche 13 juin
2004, p.1 -
Tison, Marc
Joie. Bonheur. Félicité. L'affaire
est dans le sac : vous emménagez dans votre
nouvelle maison. Après tous les aléas
de l'achat et du déménagement, vous
pouvez enfin relâcher la vigilance, baisser
la garde et profiter de votre acquisition.
C'est alors qu'en toute innocence, vous faites
une série d'erreurs dont vous allez vous
mordre les doigts. Des initiatives malheureuses,
de petits oublis, de simples négligences
qui causent des désagréments, coûtent
cher et rendent la vie misérable.
Voici quelques-unes des chausse-trappes cachées
dans votre propriété.
1. Ignorer les recommandations du rapport d'inspection
On se contente souvent de retenir la conclusion
du rapport d'inspection - ouf, il n'y a pas de
problèmes qui remettent en question la
transaction! Mais on oublie ensuite les recommandations
en apparence anodines : le réservoir de
mazout a atteint sa durée de vie utile,
la toiture montre des signes de fatigue, etc.
Catastrophe appréhendée si on tarde
à agir. " Il faut prendre le temps
de lire le document et appeler l'inspecteur s'il
subsiste le moindre doute ", recommande Michel
Labelle, conseiller au service conseil-habitation
de CAA-Québec.
2. Manquer la visite d'inspection de sa maison
neuve
Lors de la livraison d'une maison neuve, l'acheteur
doit effectuer une visite des lieux avec l'entrepreneur
avant d'en prendre possession. Ils doivent ensemble
compléter une liste d'éléments
à vérifier fournie par l'administrateur
du plan de garantie de maisons neuves. Les malfaçons
apparentes et les éléments non achevés
qui y seront portés devront être
corrigés par l'entrepreneur.
" Il y en a encore qui ne complètent
pas ce formulaire ", avise Bernard Lafrance,
président de l'Association des consommateurs
pour la qualité dans la construction. Ces
malheureux renoncent ainsi au parachèvement
de leur maison et se privent de la correction
des défauts apparents. Certains entrepreneurs
accepteront de procéder de bonne foi aux
réparations nécessaires, mais ils
n'ont aucune obligation à cet égard.
D'autres, par contre, font pression pour bâcler
la visite d'inspection, indique M. Lafrance, ou
pire, font signer la liste par l'acheteur sans
aucune visite.
3. Négliger l'entretien préventif
Une maison nécessite un grand nombre de
petits travaux d'entretien et de tournées
d'inspection saisonnières. Votre cheminée
a-t-elle été ramonée récemment?
Les cadres des fenêtres ont-ils besoin d'un
coup de pinceau? Les fissures dans l'asphalte
de votre entrée de garage doivent-elles
être comblées?
" Il ne faut pas tenir pour acquis que parce
que la maison est en état aujourd'hui,
elle le sera encore dans cinq ou 10 ans ",
prévient Charles Tanguay, cofondateur de
l'Association des consommateurs pour la qualité
dans la construction. Négliger l'entretien
vous fait courir le risque de laisser se dégrader
une situation qui se serait facilement réglée
si elle avait été abordée
en temps opportun. Les travaux effectués
en catastrophe coûteront vraisemblablement
plus cher parce que vous n'aurez pas le choix
de l'entrepreneur. Les meilleurs ont habituellement
un calendrier chargé qui ne leur permettra
pas de répondre à vos besoins urgents.
"Les gens aiment faire des rénovations
cosmétiques comme la cuisine, mais certains
travaux essentiels et non apparents sont peut-être
plus pressants", indique Charles Tanguay.
La Société canadienne d'hypothèques
et de logement (SCHL) propose un calendrier d'entretien
pour la maison sur son site Internet (www.cmhc-schl.gc.ca).
Selon Jacqueline Meunier, conseillère principale,
recherche et diffusion d'information à
la SCHL, il faut consacrer 0,5 % de la valeur
de la maison pour l'entretien annuel et mettre
de côté 1 % chaque année pour
les rénovations plus importantes.
4. Oublier qu'il y a un terrain...
Le terrain est souvent négligé.
Il peut pourtant être source de sérieux
problèmes. Une pente descendante vers la
maison drainera l'eau de pluie vers les fondations.
Si celles-ci sont le moindrement lézardées,
l'eau s'infiltrera au sous-sol. C'est pourquoi
il vaut mieux remblayer l'abord de la maison pour
redresser la pente du terrain. Ce point est fréquemment
mentionné dans les rapports d'inspection,
mais les nouveaux propriétaires préfèrent
souvent détourner les yeux. " Il suffit
d'un peu de terre autour de la maison " indique
pourtant Bernard Gaudichon, coordonnateur technique
chez Qualité Habitation.
5. Poser des clôtures au petit bonheur
Dans les nouveaux lotissements, les terrains sont
largement ouverts, ce qui incite évidemment
les heureux propriétaires à rapidement
délimiter leur territoire. " Dans
un îlot de 20 maisons, raconte Michel Labelle,
les propriétaires voisins se réunissent
et s'improvisent arpenteurs avec un ruban à
mesurer et une caisse de 12. "
La méthode peut singulièrement manquer
de précision, surtout quand le deuxième
instrument est largement entamé.
Lorsqu'un voisin, quelque temps plus tard, s'apercevra
que la clôture empiète sur son terrain,
il demandera fort probablement à l'imprécis
propriétaire de déplacer l'objet
du litige.
Référez-vous à votre certificat
de localisation. Si vous avez le moindre doute
sur les limites de votre terrain, demandez à
un arpenteur-géomètre d'en marquer
les bornes.
Vous pouvez partager les coûts entre plusieurs
voisins lors de travaux communs.
6. Isoler à outrance ou au mauvais endroit
Pour réduire les coûts de votre nouvelle
résidence, vous vous êtes promis
d'économiser dans les frais de chauffage.
En conséquence, vous décidez d'améliorer
l'isolation en doublant la couche d'isolant dans
le comble. " Depuis l'avènement des
centres de matériaux à grande surface,
on voit les gens acheter pour 1000 $ d'isolant
le samedi matin ", raconte Michel Labelle.
Un surplus d'isolant n'améliore pas nécessairement
la situation. Il y a même des risques d'obturer
les orifices d'aération du comble. Résultat,
le taux d'humidité monte en flèche,
avec de néfastes conséquences: condensation
et détérioration des matériaux.
Ou encore, on change l'ensemble des fenêtres
alors qu'il suffisait d'en refaire le calfeutrage:
on jette 8000 $ par les fenêtres plutôt
que de débourser 75 $ en tubes de pâte
à calfeutrer. Avant de dépenser
temps, argent et énergie aux mauvais endroits,
Michel Labelle recommande d'investir dans une
inspection énergétique de l'Agence
de l'efficacité énergétique.
Un conseiller se rendra chez vous pour évaluer
quels sont les améliorations que vous pouvez
apporter afin de réduire la consommation
d'énergie de votre maison. Le rapport écrit
comprend les travaux et matériaux recommandés
ainsi que leurs coûts approximatifs. Ce
sont 150 $ bien placés, assure Michel Labelle.
Les travaux peuvent donner droit à une
subvention d'un maximum de 3348 $.
7. Surestimer ses capacités en bricolage
L'achat de votre nouvelle maison vient de réveiller
en vous la fibre du rénovateur. Vous êtes
un bricoleur, vous êtes capable- c'est du
moins ce dont veulent vous convaincre certains
centres de rénovation. Fort bien. Mais
toutes les rénovations ne sont pas nécessairement
à votre portée, et certaines de
vos initiatives peuvent faire beaucoup plus de
mal que de bien. Un exemple: vous voulez poser
un ventilateur dans votre salle de bains, qui
s'en trouve cruellement dépourvue, ce qui
transforme la moindre douche en sauna. Mais plutôt
que de mener le conduit d'évacuation jusqu'à
l'extérieur de la maison, vous vous contentez
de laisser s'échapper l'air chaud humide
dans le comble. Résultat: problèmes
d'humidité et de condensation, suivis d'une
dégradation des matériaux. Ou encore,
vous remplacez le revêtement de vinyle de
la cuisine par de splendides carreaux de céramique
au fini antique, importés d'Italie. Mais
vous négligez de renforcer le sous-plancher.
Avant longtemps, des fissures ajouteront à
l'authenticité de votre fini antique. Ne
présumez pas de vos capacités. Progressez
par étape, à partir de travaux simples
et faciles. Consultez des professionnels et assurez-vous
que la documentation est précise, à
jour, et qu'elle respecte les codes de construction.
En cas de doute, confiez les travaux à
un expert.
8. Dépenser la réserve pour les
taxes
Vous flambez en meubles et en décoration
tout l'argent que vous aviez mis de côté
pour les taxes foncières et scolaires,
ainsi que pour les droits de mutation. Ces montants
sont prévus au budget, mais la nature humaine
est ainsi faite qu'on préfère oublier
leur échéance et parer au plus pressé.
Inévitablement, les municipalités
nous rappelleront à l'ordre en ajoutant
des intérêts pour stimuler notre
attention. Où trouver l'argent nécessaire?
Autre exemple cité par Bernard Gaudichon,
coordonnateur technique chez Qualité Habitation:
une fois l'offre d'achat acceptée, certains
nouveaux acquéreurs se précipitent
chez un marchand pour acheter 10 000 $ de meubles-
à crédit. Mauvaise surprise: en
raison de cette nouvelle dette, l'institution
financière refuse le prêt hypothécaire
préalablement autorisé. Morale de
l'histoire: il ne faut pas acheter la peau de
l'ours avant de l'avoir tué. On s'occupera
de décoration quand les dépenses
essentielles seront acquittées. L'aménagement
entraîne des surprises et coûte toujours
plus cher que prévu. Mieux vaut constituer
une réserve de 2000 $ ou 3000 $, conseille
Bernard Gaudichon, avant d'engager des dépenses
strictement esthétiques.
9. Sortir les pinceaux trop vite
Vous venez de prendre possession de votre maison
neuve. Soulevé par un enthousiasme compréhensif,
mais hâtif, vous vous lancez dans la décoration:
peinture, papier peint. Quelques mois plus tard,
des fissures apparaissent dans certains murs et
déchirent le précieux papier peint
dont vous aviez acheté les derniers rouleaux
d'un modèle épuisé. Ennuyeux,
mais normal: en raison de l'humidité des
matériaux, la structure n'est pas encore
parfaitement stabilisée et des retraits
se produisent durant les 12 à 18 premiers
mois. Certains constructeurs incluent d'ailleurs
dans le contrat une visite d'ajustement 12 mois
après la prise de possession. Pour vous
éviter des efforts et des dépenses
inutiles, attendez un an avant d'appliquer les
somptueux coloris qui habitent votre imaginaire.
10. Gare! au travail au noir
Vous venez d'acheter une maison, en ayant en tête
des travaux de rénovation pour remodeler
la cuisine, agrandir la salle de bains ou aménager
le sous-sol. Mais vos finances sont un peu à
l'étroit après cet important achat;
vous avez donc prévu faire appel à
un travailleur au noir. Imprudence. Peut-être
les travaux seront-ils impeccables. Mais il y
a nettement plus de risques de problèmes
que si vous faites appel à un entrepreneur
qualifié, dont vous aurez vérifié
la licence auprès de la Régie du
bâtiment. Et si des problèmes surviennent,
vos recours sont fort limités.
11. Le respect des servitudes
Nouveau propriétaire d'un duplex, vous
faites changer l'escalier arrière en colimaçon.
Mais plutôt que de déboucher vers
l'arrière du terrain comme auparavant,
le nouvel escalier est orienté vers le
proche voisin de droite. Vous créez ainsi
une vue irrégulière sur ce belliqueux
voisin qui vous oblige à reprendre les
travaux. Le même problème peut survenir
lors de l'agrandissement d'un balcon. Autre exemple:
vous faites creuser une piscine dans votre cour,
mais elle empiète sur la servitude d'Hydro-Québec,
qui vous oblige à déplacer le bassin.
En conclusion, au moment de planifier des travaux
qui pourraient contrevenir aux règles sur
les vues et aux servitudes- l'ajout d'une fenêtre
sur un mur latéral, par exemple-, renseignez-vous
auprès du service des permis ou d'urbanisme
de votre municipalité. Si vous comptez
installer une piscine, communiquez avec Hydro-Québec
au numéro qui apparaît en haut à
droite sur votre facture. Leurs spécialistes
pourront vous aider à choisir l'emplacement
de votre piscine. Ce service est gratuit.
12. Céder aux démarcheurs
Les fournisseurs de service de toutes sortes se
ruent à votre porte dès que vous
emménagez: mazout, émondage, nettoyage,
entretien, réparation, rénovation.
" Le premier juillet, ils sont tous dans
la rue, lance Jacqueline Meunier, de la SCHL.
Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont moins
chers. " Et ça ne veut pas dire non
plus que vous avez besoin de ces services. Un
nettoyage des conduits du système de chauffage,
par exemple, est fort probablement superflu. Prenez
votre décision la tête reposée.
Ne signez rien sur le champ, recommande Mme Meunier
et demandez trois soumissions avant de faire un
choix.
13. Les gestes précipités
S'il n'y a pas d'urgence, attendez un an après
l'emménagement avant d'entreprendre les
grands travaux, énonce Jacqueline Meunier.
Une maison réagit comme un système,
différemment à chaque saison. Il
faut donc apprendre à la connaître
avant d'entreprendre un changement qui pourrait
affecter son équilibre. L'installation
de fenêtres plus étanches pourrait
ainsi mener au changement du système de
ventilation, parce qu'il n'assure plus le remplacement
d'air nécessaire. Si on change le système
de chauffage avant de connaître son rendement
hivernal, on risque d'opter pour un modèle
mal adapté. Durant la première année,
Jacqueline Meunier recommande de faire un tour
complet de la maison à chaque saison, de
surveiller comment elle réagit et de prendre
note des problèmes à corriger.
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