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... Au-delà des cotes
 
ON COMPTE SOUVENT SUR UNE bonne cote de crédit pour obtenir un prêt. C’est parfois fondé, mais parfois non.

Beaucoup de prêteurs décident d’après des modèles automatisés, fondés sur les cotes de crédit, mais ils feront un examen plus approfondi dans le cas des emprunteurs ayant un piètre dossier ou des antécédents de faillite. La confusion d’identité, les erreurs et les omissions peuvent aussi avoir un impact déterminant. Viennent ensuite les cotes ‘’forcées’’, qui ne reflètent pas forcément la probabilité d’obtention d’un prêt hypothécaire. Certains clients avec de bons antécédents ont parfois des cotes étonnamment faibles, du moins à première vue.
 
Définition de la cote de crédit
 
« Les courtiers hypothécaires me demandent chaque jour de justifier des cotes de crédit, » déclare Domenic Altomare, de la société Equifax. « Puisque les prêteurs accordent de plus en plus d’importance à ces cotes pour accorder les prêts et fixer les taux, toutes les parties ont intérêt à mieux les connaître. »

Le Canada compte trois agences d’évaluation de crédit. Equifax et TransUnion se partagent 99% du marché et Northern Credit Bureau prend le reste. Les experts croient que plus de 95% des données des grandes institutions financières sont rapportées aux deux grandes agences. Par tradition, les crédit unions ne transmettaient aucun rapport bien qu’elles y viennent. Les clients qui n’utilisent que des institutions non participantes devraient savoir qu’ils n’auront aucune cote de crédit, bonne ou mauvaise.

Les institutions financières peuvent avoir des modèles distincts pour les marges, pour les prêts et pour les hypothèques, le plus répandu étant la cote Beacon, fournie par Equifax. Le modèle de TransUnion, appelé Empirica, est très similaire à la cote Beacon. Les deux donnent des indices de 300 à 900.

« En principe, les rapports d’Equifax et de TU devraient contenir les mêmes données, » déclare Mark Merrit, directeur de TransUnion Canada. « Le nôtre a une présentation un peu différente, mais, si les données sont les mêmes, les cotes doivent correspondre aussi.»

Le secteur hypothécaire utilise moins souvent TransUnion, car cette entreprise vise habituellement un autre marché. « TransUnion n’a pas accordé beaucoup d’attention au marché hypothécaire, poursuit M. Merrit, mais ce marché a beaucoup de potentiel pour nous, maintenant que nous sommes en pleine croissance. »

M. Merrit a participé à la formulation des cotes Beacon et Empirica pour Fair Isaac. Selon lui, la première idée fausse à propos des cotes de crédit concerne leur utilité même.

« La cote de crédit ne mesure pas la solvabilité actuelle, » explique-t-il. « Elle sert plutôt à prédire les risques de défaut de paiement au cours des 12 à 24 prochains mois. Pour connaître la solvabilité actuelle, on doit plutôt examiner le rapport de solvabilité. »

Il cite le cas d’un client qui est à jour dans ses paiements et qui n’en a manqué aucun dans son rapport, et qui n’a pourtant qu’une cote de 580. « Ce client a dix cartes de crédit utilisées à fond, et il demande encore du crédit dans des catégories à risque. Sa cote prédit son comportement futur selon son comportement antérieur. »

Les courtiers se demandent souvent si les clients risquent d’abîmer leur cote de crédit en magasinant les prêts et faisant des demandes multiples, qui s’inscrivent toutes à leur rapport.

« Les statistiques ont montré qu’un client qui cherche du crédit et qui est déjà au maximum de ses cartes risque plus de manquer ses paiements, » déclare M. Altomare, mais la plupart des modèles de calcul accordent un traitement spécial aux prêts hypothécaires et au prêt auto. « Les demandes multiples de prêt hypothécaire ou de prêt auto sont comptées comme une seule lorsqu’elles se regroupent en une même période de 14 jours. »

D’autres facteurs ont plus d’influence que les demandes multiples. Une cote de crédit peut varier du jour au lendemain, juste à cause de la date de production des rapports.

« La priorité, pour les courtiers, c’est de comprendre le fonctionnement de la cote Beacon, » déclare Jane Kulbida, de la société Cooperative Trust. « Le solde des cartes de crédit a plus de poids que le nombre de demandes. Si l’emprunteur a beaucoup de cartes de crédit ou de prêts avec des limites élevées, nous savons qu’il risque plus d’avoir des ennuis d’ici deux ans. Le crédit est facile à trouver. Comme prêteur, je regarde le nombre de mois au rapport et si le client a remboursé ses emprunts. »

Un paiement tardif peut faire chuter une cote Beacon de 680 à 610. Si le client utilise ensuite plus de 80% du maximum de sa carte, cela peut lui faire perdre un taux hypothécaire préférentiel, sinon le prêt lui-même. Le type de crédit utilisé antérieurement a aussi une influence. Un client avec cinq cartes de crédit, qui a manqués des paiements et qui cherche à consolider ses dettes présente plus de risques.

« La cote Beacon est un indicateur, » déclare de son côté Audrey Wambolt, D’INVIS. « Elle fournit une impression générale, mais tant de facteurs peuvent l’influencer que l’on doit vraiment examiner chaque ligne du rapport. Si vous utilisez moins de 80% du crédit disponible et que vous cherchez un refinancement avec un ratio d’endettement élevé, la SCHL et GE jugeront que vous êtes dans l’embarras. Vous nuirez aussi à votre dossier si vous refinancez continuellement les mêmes dettes. »

Un jeune qui commence avec une seule carte et aucun antécédent de crédit aura typiquement une cote très élevée, que l’on appelle une « cote forcée ». C’est là un cas typique où la cote n’a aucune influence. L’emprunteur n’a tout simplement pas assez d’antécédents.

Les prêts d’études reportés ne comptent pas dans les calculs, mais l’on observe souvent des erreurs dans les rapports lorsque l’étudiant a un congé d’intérêt.

« Dans bien des cas, on voit que l’étudiant attend jusqu’à la dernière minute pour demander son congé d’intérêt, » poursuit M. Altomare. « En pareil cas, l’institution financière peut commencer à déclarer que le compte prend du retard (I1, I2, I3). Si l’étudiant a un congé d’intérêt, le prêt sera classé I0. Le « I » indique un prêt à tempéraments, et le « 0 » qu’il est trop récent pour recevoir une cote (c.-à-d. approuvé mais pas encore utilisé). Equifax se fie aux prêteurs pour déclarer l’information correctement et la mettre à jour. »

Les hypothèques n’ont pas été déclarées dans le passé, mais cela devrait changer selon M. Altomare. Equifax a déjà fait les essais techniques en vue de la réception et du partage des données hypothécaires.

« Equifax participe à un projet des grandes institutions financières pour commencer à déclarer les informations hypothécaires. Nous n’avons pas encore fixé le moment où les données hypothécaires seront intégrées au calcul de la cote de crédit. L’établissement d’un modèle requiert habituellement deux ans de données chronologiques. »
 
Double Précaution
 
Certains prêteurs et assureurs consultent les deux bureaux pour obtenir une image complète.

« La SCHL a conçu une méthode exclusive pour s’assurer que les risques attribués par les deux bureaux sont pertinents à l’assurance hypothécaire. », déclare Dean Durnford, de la SCHL. « L’assureur consultera les deux bureaux si l’un d’eux est en panne ou s’il ne donne pas l’image à laquelle on pourrait s’attendre. Les écarts peuvent être attribuables à la date des rapports, mais peuvent aussi résulter d’une erreur ou d’une déclaration erronée. L’essentiel, c’est d’obtenir l’image la meilleure et la plus fidèle possible pour évaluer les risques. »

Beaucoup de demandes à la SCHL sont automatiquement approuvées par son système d’évaluation des risques, qui établit la probabilité globale de succès en fonction du demandeur, du marché et de la propriété. Les demandes qui ne sont pas approuvées automatiquement sont transmises à un évaluateur local de la SCHL, qui collabore étroitement avec les clients afin de contrôler les risques. Si un prêteur ou un courtier s’inquiète des écarts entre les deux bureaux de crédit, l’évaluateur de la SCHL peut l’aider à en cerner la cause.

« Lorsque le dossier de crédit du client contient des informations erronées, les préparateurs des demandes de crédit hypothécaire peuvent leur fournir de précieux conseils pour corriger la situation, poursuit M. Durnford. Le prêteur fait alors des vérifications au dossier, puis il transmet cette information à la SCHL. »
 
Erreur dans les déclarations
 
Les experts conseillent aux consommateurs de vérifier leur cote de crédit chaque année, dans les deux agences. S’il envisage un achat important, le consommateur doit faire des vérifications supplémentaires trois mois à l’avance pour corriger tout problème irrésolu.

Les consommateurs peuvent demander des corrections au dossier par téléphone, en personne ou en ligne. On peut corriger ces renseignements personnels en fournissant des pièces justificatives. Le bureau de crédit modifiera les renseignements après vérification auprès du prêteur. Il peut aussi ajouter une mention explicative ou une indication de circonstances atténuantes.

« Face aux problèmes de fraude et de falsification, on doit absolument donner les mêmes renseignements personnels chaque fois que l’on fait une demande de crédit, » déclare M. Wamboldt. « Spécialement dans les cas l’on risque d’être confondu avec son père, sa mère ou un quelconque homonyme. Ces erreurs donnent beaucoup de fil à retordre aux courtiers. »

M. Wamboldt a aussi vu des cas où le consommateur avait dépassé sa limite de crédit ou n’avait pas remboursé un prêt à vue. Le compte est alors fermé, mais le solde en souffrance demeure inscrit au rapport.

« Cela sera déclaré comme un R9, ce qui signifie que l’on espère un recouvrement ou un jugement, » poursuit M. Wamboldt.

« Si le consommateur conteste une inscription particulière de son rapport, nous y insérons une mention à cet effet, poursuit M. Merrit. Cela signifie que l’on ne pourra pas l’utiliser dans le calcul de la cote. Nous ne savons pas si le client a raison ou tort. Nous voulons seulement vérifier les renseignements. Alors nous les mettons de côté jusqu’à ce que le différend soit résolu. »

Dans le cas des corrections ou des mises à jour, une fois que l’on a obtenu la confirmation, les renseignements sont versés au dossier et apparaissent au rapport de crédit au bout d’une trentaine de jours.

« La majorité des prêteurs ont des termes de 30 jours et c’est pour cette raison que les rapports sont établis à la même fréquence, poursuit M. Altomare. La mise à jour peut être accélérée si le prêteur a fourni des renseignements erronés. En pareil cas, on corrige le rapport de crédit manuellement. »

Le service des relations avec les consommateurs d’Equifax fait environ 150 demandes de corrections de dossier par année afin de mieux servir sa clientèle. Le bureau sépare les demandes urgentes des moins pressantes. Les cas urgents sont ceux où le consommateur s’est fait refuser un prêt à cause des erreurs inscrites dans son dossier.
 
Faillite
 
Ce sont les emprunteurs qui ont un mauvais crédit ou qui ont déjà fait faillite qui comptent le plus sûr les courtiers pour leur obtenir des prêts. Intelligence Hypothécaire, qui se présente comme un « spécialiste financement hypothécaire » sert le marché alternatif. Les cotes de crédit y sont rarement prises en compte à moins que le client ne soit un travailleur autonome qui recherche un prêt sans mise de fonds.

« La plupart de mes clients ont des difficultés de crédit, » explique M. Gall. « Ma tâche est d’éplucher le rapport de solvabilité et de comprendre ce qui s’est réellement passé. »

M. Gall évalue lui-même presque toutes les demandes. « Je connais les politiques de chaque prêteur, et cela me permet de trouver celui qui a le plus de chances d’accepter le contrat. La plupart du temps, mes clients ont des motivations légitimes. Mon travail est d’expliquer leur rapport de solvabilité. J’explique aussi au client. »

Le surintendant des faillites transmet des rapports à l’agence d’évaluation du crédit, mais le prêteur doit, lui aussi, tenir ses dossiers à jour. Le prêteur doit déclarer à l’agence toutes les dettes perdues dans une faillite. Si l’information ne figure pas au dossier, ou si elle est incomplète, le consommateur peut transmettre à l’agence une lettre au surintendant des faillites pour faire corriger les omissions. Après la réhabilitation du failli, prêteurs et assureurs se tiendront aux aguets. Les personnes ayant fait faillite doivent commencer à rétablir leur dossier après celle-ci et pour les 24 mois qui suivent.

« Les courtiers se demandent comment le prêteur voit-il la faillite et le rétablissement du crédit? » poursuit Mme Kulbida. « Regarde-t-il le nombre de mois au rapport ou le moment ou le dossier a été ouvert? En fait, il regarde les deux. »

Madame Kulbida souligne que les personnes ayant des problèmes de crédit pourraient avoir plus de chances auprès des petits prêteurs : « Beaucoup de gens nous racontent que leur fils a subi un accident de voiture ou qu’un membre de la famille a été malade et a dû se rendre à la clinique Mayo. Ces personnes sont probablement incomprises par les grands prêteurs qui s’appuient sur des modèles automatisés. »

Mme Kulbida accorde une importance mineure à certaines taches au dossier : « Bien des emprunteurs oublient la date à laquelle ils doivent commencer à payer. Tout le monde a des R2 sur la carte Sears parce que cette société est prompte à déclarer les paiements tardifs. Nous ne mettons pas l’information de côté, mais nous tenons compte du contexte. »
 
Tiré de Mortgage Journal / Fall 2004 par Nancy Jakubic
 
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